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18 Jan

L’Afrique avec l’accent gruérien

Publié par Simao Exodeo  - Catégories :  #Régions

L’Afrique avec l’accent gruérien

Communauté • L’association Afri Bulle offre depuis plus de deux ans un lieu de rencontre aux ressortissants africains du sud du canton. Avec deux maîtres mots: solidarité et intégration.

JÉRÉMY RICO

Raymond Bolema est-il le plus africain des Bullois, ou le plus bullois des Africains? Impossible de trancher. Peu importe. Cette mixité, c’est justement ce qui fait sa force. Originaire de République démocratique du Congo, le polymécanicien de métier a fait de la Suisse son pays d’adoption depuis plus de trente ans. Il y a désormais toute sa vie: sa femme, une Suissesse, ses enfants, son métier. «Je pense que mon travail d’intégration a été bien fait. A &bs;travers mon mariage, mais aussi parce que je suis quelqu’un d’ouvert, qui va vers les autres.»

Son expérience positive, Raymond Bolema a décidé de la partager. En août 2012, il a fondé l’association Afri Bulle. Basée dans le chef-lieu gruérien, elle offre un lieu de réunion à la communauté africaine du sud du canton, sans distinction de confession ou de pays d’origine. «L’idée est qu’on puisse affronter les problèmes ensemble.»

Favoriser l’intégration

Afri Bulle compte aujourd’hui une trentaine de membres, regroupés dans une poignée de familles. Tous sont chrétiens et venus de pays francophones. La grande majorité est au bénéfice de la nationalité suisse. Tous les deux mois, ce petit monde se retrouve pour une soirée au Centranim. Au programme: un échange sur les problématiques qui touchent la communauté africaine. Avec en priorité la vie dans leur pays d’adoption. «Je leur dis qu’il ne faut pas rester dans des ghettos. Il faut aller vers les gens. Pour être accepté, il faut d’abord essayer de se faire accepter.»

Un processus qui engendre une problématique bien connue. Doit-on préférer l’assimilation et adopter la culture suisse? Ou plutôt s’intégrer? Le Bullois de 56 ans a choisi son camp. «Je suis intégré. J’ai pris le positif de l’Afrique avec moi, et je prends les valeurs suisses ici. Mais ce n’est pas facile.» Au fil des soirées, des questions propres à une famille peuvent également être abordées. Les problèmes scolaires de quelques enfants ou les tensions au sein du couple, provoquées souvent par des problèmes financiers. «Certains envoient beaucoup d’argent au pays, pour aider leurs proches. Tellement qu’il leur en reste très peu ici, ce qui crée des tensions. J’essaie de leur faire comprendre qu’il faut d’abord soutenir la famille qui est ici. Et s’il reste de l’argent, on l’envoie.»

L’excuse du racisme

Inévitable, le racisme revient également souvent à la table d’Afri Bulle. «Bien sûr qu’il y a du racisme. Mais on ne peut pas dire à chaque fois qu’on subit un échec que c’est à cause du racisme. Sinon, comment font nos jeunes qui sont devenus avocats ou médecins? Ils sont aussi noirs.» Dès lors, le message est clair: respect de l’autre et discipline. «Une personne m’a dit une fois que son voisin était raciste parce qu’il appelait la police à chaque fois qu’il recevait des invités. Mais ce n’était pas pour ça. C’était parce qu’à chaque fois, il mettait de la musique tard le soir. En Suisse, ce n’est pas possible.»

Ces différentes cultures, Afri Bulle tente de les rapprocher. Dans ses statuts, l’association vise à promouvoir la culture africaine dans toute sa diversité. Une phrase qui a donné lieu en juin dernier à une journée africaine au Pâquier. Une première. «Nous avons présenté l’art, la nourriture, les vêtements de nos cultures. Il y a beaucoup d’Africains dans la région. Il faut aussi qu’ils se montrent.»

Solidarité avant tout

A l’avenir, Afri Bulle ne sera pas seulement un forum de discussion. Au-delà du soutien psychologique, l’association ambitionne de mettre en place un système de solidarité financière. «D’ici début 2015, nous allons lancer le projet «statut social». L’idée est de partager l’argent récolté avec les cotisations entre les membres, pour les aider.» Cette aide financière peut intervenir dans plusieurs cas de figure.

Les malheurs, comme un décès, mais aussi les moments heureux. «Un jeune qui obtient un diplôme recevrait par exemple 200 francs de félicitations. L’idée est d’encourager les plus jeunes à faire pareil.» Car l’association n’oublie pas sa jeune garde. Père de deux enfants, Raymond Bolema en fait même l’un des axes futurs de son association. Avec une idée: «Je souhaiterais créer un comité de jeunes, avec uniquement des jeunes, pour qu’ils s’entraident.» Le Bullois l’avoue lui-même: lorsque des problèmes d’intégration se font sentir chez les parents, ils se reportent souvent sur les enfants.

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